16 novembre 2007
travelling arrière
Myers traversait la France en wagon de 1ère classe, en route pour Strasbourg où son fils étudiait à l’université. John Myers s’était installé à Nice il y a quelques mois, et n’avait pas vu son fils depuis. Evidemment, il avait régulièrement des nouvelles de Mike via internet. Ils adoraient chater des heures pour se raconter leurs péripéties. Ils avaient même poussé le vice jusqu’à acheter des webcams.
C’est comme ça que Mike avait pu admirer les charmes de sa belle-mère, Rachel. John n’avait pas perdu de temps avant de se remarier. Et, vu que Mike avait l’air d’à peu près s’entendre avec Rachel (en tout cas à travers le net et à 800 km de distance) il lui avait préparé une surprise. Il lui proposa ou plutôt lui imposa sa venue à Strasbourg sans lui dire que Rachel serait de la partie. L’avis de Mike à propos de sa nouvelle femme importait beaucoup à John.
Le départ eut lieu à 23h43 à la gare de Nice et le couple Myers était tranquillement installé dans la voiture 14, assis dans les sièges confortables et inclinables de 1ère classe. Les deux tourtereaux n’avaient pas la même façon de tuer le temps. Alors que Rachel écoutait de la musique tout en essayant de s’endormir, John faisait quant à lui, des allées et venues entre son siège et le compartiment fumeur car Rachel, qui était non fumeuse, n’avait pas cédé à John le fait de pouvoir voyager en « fumeur ». Donc John, qui ne comprenait pas comment Rachel faisait pour se délasser, faisait régulièrement les quelques mètres entre la zone non fumeur et la zone fumeur. Le train était arrêté à Lyon depuis quelques minutes. John savait que les trains passant par cette gare y faisaient souvent un long arrêt.
Il décida donc de s’aventurer hors du train. Il rencontra un agent de la SNCF qui lui confirma que le train ne repartait pas avant 45 minutes. John, qui était fatigué, mais qui avait besoin de se dégourdir les jambes, décida de s’aventurer dans la ville. Ville qu’il connaissait bien puisque c’est ici qu’il avait vécu avec sa première femme et d’ailleurs c’est à Lyon que Mike était né. Malheureusement, c’est aussi dans cette ville que Monica, la mère de Mike était morte. C’était d’ailleurs à quelques jours près, le premier anniversaire de sa mort. John, le vague à l’âme, se remémorait tous les endroits où il avait vécu tant de joies. En passant devant un parc, il se rappela le petit Mike avec son seau et sa pelle jouant dans le bac à sable ou faisant de la balançoire, poussé par Monica. Sa petite balade le conduisit malheureusement à l’endroit même où Monica les quitta, lui et Mike, à tout jamais.
L’émotion le submergea. Il faut dire que cela avait été tragique. Il se trouvait exactement en face du 17 avenue de Strasbourg, là où il avait vécu avec Monica et leur fils et il revoyait la scène horrible durant laquelle elle se jeta de leur balcon du septième étage ce qui causa bien tragiquement sa mort immédiate. John ne s’en était bien évidemment toujours pas remis. Il la voyait chuter au ralenti, se rapprochant mètre par mètre du bitume et se revoyait courir vers sa dépouille immobile gisant dans son sang ; il se revoyait la prendre dans ses bras et hurler sa douleur. Il repensait à Mike qui ne comprenait pas pourquoi sa mère avait si brusquement mis fin à ses jours. Il interrompit brutalement ses tristes pensées en se rappelant qu’il avait un train qui ne l’attendrait pas s’il ne se dépêchait pas. Il se hâta donc en direction de la gare, la tête pleine de souvenirs morbides. Le pire était qu’il n’arrêtait pas de penser à la dernière chose que Monica lui avait dit en ce jour tragique où elle s’était donné la mort.
Elle lui avait avoué après tant d’années qu’il n’était pas le père de Mike et qu’elle le lui avait caché par peur qu’il la quitte car cela faisait déjà plusieurs années qu’ils étaient ensemble quand elle tomba enceinte. Comme elle était infidèle, elle avait fait un test de paternité à l’insu de John, quelques mois après la naissance de Mike et il s’était avéré que John n’était pas le père. Monica avait gardé ce lourd fardeau pour elle et quand elle l’avoua enfin à John, elle se suicida après que John ait menacé de la quitter et de tout dire à Mike qui ne connaissait toujours pas un seul mot de cette histoire. John ne cessait pas d’entendre dans sa tête sa femme le supplier de l’excuser, que ça n’était pas grave, qu’il ne fallait rien dire à Mike. Il était évidemment pris de remords.
Quand il arriva enfin dans le train, il était complètement désabusé, anéanti et bouleversé d’avoir revécu sur les lieux du drame ce véritable cauchemar. Et dans sa tête, la voix de Monica qui n’arrêtait pas. Il s’installa à côté de sa nouvelle femme, et se calma, même si la voix de sa femme s’entremêlait avec la voix de son fils qui lui posait des questions sur le drame. Bientôt, les voix s’intégrèrent aux bruits du train et peu à peu, John Myers se sentit porté, puis tiré, dans le sommeil.
11:10 Publié dans TEXTES DE TITI | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, écriture, texte
