10 janvier 2008
11 - la communion
La grand-mère maternelle a pris l’avion, à presque 70 ans, pour faire LE grand voyage de sa vie. Le prétexte est la communion de benjamine. A défaut de grande réunion de famille, comme pour l’aînée, en France, on fait venir mère-grand pour un bon mois.
Un des seuls souvenirs qui restent à benjamine de ce séjour, c’est sa grand-mère en maillot de bain sur la plage. Il paraît que c’est la seule et unique fois où la vieille dame a enfilé un tel vêtement…
Elle a aussi le vague souvenir de tous les communiants regroupés devant la chapelle du collège, où a eu lieu la cérémonie. Une photo la montre avec sa jolie robe blanche, les mains jointes en prière sur un chapelet.
Une autre photo immortalise l’évènement sur la terrasse de l’appartement, à côté de la grand-mère.
Elle se souvient également avoir reçu une bague de sa marraine, restée en France : un double anneau en or avec deux petits rubis, qui a depuis longtemps disparu au fil des nombreux déménagements. Peut-être l’a-t-elle reçu plus tard, elle ne sait plus.
Mais le frère n’a-t-il pas lui aussi fait sa communion, la deuxième, en même temps ? Ca serait bien possible.
10:31 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : famille, communion
03 novembre 2007
10- une vie dangereuse ?
Dans ce pent-house qui les rapproche du centre culturel franco-vénézuélien où le père donne des cours le soir, ils sont à l’abri des cambrioleurs, mais pas du reste !
Une balle perdue s’est fichée un soir dans le mur du salon qui fait face à la terrasse : heureusement personne n’a été atteint, mais faudra-t-il vivre dorénavant avec des vitres blindées ?
Un autre jour, en fin d’après-midi, bruit d’explosion : une des voitures garées en épi au bas de l’immeuble vient de recevoir un cocktail Molotov. Le père a juste le temps de descendre en courant les cinq étages et de sauter dans la Jeep wagonner pour l’éloigner des flammes qui ont déjà gagné le véhicule à côté du sien, tandis que toute la famille regarde le spectacle d'en haut.
Ce ne sera pas encore leur tour. Mais une vieille voisine a été traînée dernièrement dans la rue par un jeune garçon qui voulait lui voler son sac : elle n’a pas voulu le lâcher, et a été rudement molestée. Bien sûr, personne n’a fait mine de l’aider, on tient à sa tranquillité.
Dans l’ascenseur, les enfants ont pour consigne de ne pas monter avec un étranger : sur le dessin humoristique qui circule le plus en ce moment dans les quotidiens, on voit un type cagoulé qui braque des gens dans un ascenseur en leur criant « vamos a Cuba ! »
Tout ça ne perturbe pas plus que ça les enfants, qui se retrouvent après l’école devant les devantures de magasins pour jouer aux osselets, par terre, sur le trottoir : c’est là qu’ils ont le plus de chance d’apprendre la langue du pays, en partageant les jeux des gamins du quartier.
21:40 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
9 - la séance
Benjamine et son grand frère ont reçu l’autorisation d’aller au cinéma seuls.
Vous n’imaginez même pas quelle expédition cela représente : ils ont huit et onze ans, et vont se rendre jusqu’à l’arrêt de bus, vérifier qu’ils prennent le bon, descendre à l’arrêt le plus proche qu’ils ne connaissent pas, et marcher à travers la foule du samedi jusqu’à ce cinéma dont ils ne savent que le nom.
Pour eux, il s’agit qu’une expédition digne de vingt mille lieux sous les mers ! Pour corser l’ensemble, ils ne parlent pas encore couramment l’espagnol, même s’ils savent se dépatouiller.
Les parents sont venus les récupérer à la sortie : il serait vraiment dangereux de laisser dehors deux enfants dans cette mégalopole à la nuit tombée. Ils sont ravis d’avoir pu suivre les péripéties de « El abuelo congelado », Hibernatus pour les français.
Ils en riraient maintenant, s’ils pouvaient évoquer ensemble leur goût cinématographique de l’époque…
16:25 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01 novembre 2007
8 - mauvaise surprise
Une mauvaise surprise les attend, ce soir-là, à leur retour de la plage. La villa a été cambriolée !
Pourtant, ils étaient prévenus, et toutes les fenêtres étaient garnies de grilles, sauf…celle des Wc, trop petite.
Ils ont eu l’explication de la technique employée plus tard : les voleurs font passer par l’ouverture un petit enfant, qui une fois à l’intérieur est formé pour ouvrir une porte. Le tour est joué !
Adieu le diamant que la mère venait de recevoir pour leurs dix ans de mariage, les sept bracelets en or de la « semaine », et tous les autres souvenirs qui jalonnent un mariage.
Pendant quelques semaines, les enfants dorment mal. Ils rêvent d’enfants méchants qui viennent leur enlever leurs jouets préférés.
Les parents, eux, organisent rapidement le déménagement vers un autre quartier, dans un immeuble, au « pent-house ».
Qui a dit que Caracas dans les années soixante, c’était Chicago les années trente ?
19:25 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
7- les bêtises
Elle est aussi la championne du larcin. Elle pique régulièrement de la monnaie dans le sac de sa mère pour s’acheter en douce des gâteaux ou des sucreries : c’est tellement bon, quand c’est fait en cachette !
Elle se souvient de cette fois où, quand ils habitaient à Porthos, le grand immeuble au bout de la grande avenue, elle était allée se goinfrer de « bombas », les beignets de carnaval, au centre commercial à « l’esquina » plus loin.
Et l’autre fois où, croyant voler un billet de 10 francs, elle se fait prendre par la boulangère qui trouve curieux qu’une gamine de 6 ans paye son pain au chocolat avec un billet de 100 ! Elle a juré mordicus avoir trouvé le billet au pied d’un platane…
Son excuse ? Ses parents lui donnent de l’argent de poche, oui, mais écrit dans un cahier ! Elle n’en voit que rarement la couleur. On se défend comme on peut, quand on est môme…
13:20 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18 octobre 2007
6 bis - samedi normal
Ils sont en route vers la plage. La journée s’y déroule toujours de la même façon : la mère s’installe sous les palmiers et prend un livre, les enfants font des va et vient de la mer à la glacière, et le père… personne ne se souvient de ce que fait le père, sinon qu’il va le plus souvent manger en terrasse d’un restaurant le long de la promenade.
Les enfants se défoulent, on est dans l'atlantique, les vagues peuvent monter à plusieurs mètres, et les entraînent dans les rouleaux où ils se font parfois de belles frayeurs. D’ailleurs la mère hésite à se mouiller, elle ne sait pas nager, et leur demande toujours le bras pour faire trempette quelques minutes quand la mer est calme.
Samedi soir, au retour, obligation d’assister à la messe à la chapelle du collège. C’est une vraie corvée, alors tant qu’à faire, les deux plus jeunes font parfois office d’enfant de chœur. Ils s’amusent à couper le vin avec de l’eau dans le calice, et trouvent que le temps passe beaucoup plus vite de ce côté-là de la nef ! Benjamine sait la messe en latin au bout d’un an, les prières idem. Elle attend le "Ite, missa est" avec impatience. Ce qui l’agace le plus, c’est de se confesser régulièrement : comment raconter ses péchés à un de ses profs ? Avec son frère, elle se creuse la cervelle pour inventer des choses importantes mais pas trop graves, comme certainement presque tous les enfants au monde…
17:20 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
6 - les gringos
Ils mènent une vie de pacha, et le savent. La bonne vit à la maison, un espace lui est prévu à l’office. Ici, la vie est très américanisée, tout le monde a un poste de télé dans chaque pièce. Ils craquent, et achètent un écran, qu’ils installent au bout de la table de la salle à manger : il n’y restera pas longtemps, les enfants badent devant et ne mangent plus…
Le week-end, la bonne rentre chez elle, et la famille va la plupart du temps à la mer. C’est toute une expédition. Départ le vendredi en milieu d’après-midi, la jeep-wagonner bourrée, et direction Cata, ou Playa colorada. Ou tout simplement la plage de Maïquetia, la plus proche, mais seulement pour la journée du samedi. Il faut traverser Caracas, ville tout en longueur, qui doit mesurer dans les… beaucoup de kilomètres, et passer sur ou sous des autoroutes qui s’enchevêtrent. Parfois il y a cinq étages qui se superposent ! Ici, les gens appellent l’autoroute La Cienpatas, c’est tout dire !
Comme la capitale est en altitude, l’autoroute descend pour aller jusqu’à la mer : on passe à hauteur de l’aéroport, en contrebas à gauche, et c’est de là qu’ils observeront l’année suivante le décollage de l’avion de la maman, qui l’emmène passer ses examens d’espagnol en Martinique. Ils se sont tous serrés sur la banquette avant, et, garés sur la bande d’arrêt d’urgence, ils font coucou à l’avion. Ils n’ont pas l’habitude de fonctionner sans elle : c’est la mère qui gère le quotidien, repasse le pli du pantalon du mari chaque soir avant de le reposer sur le dossier de la chaise, décide des repas, fait la liste des courses, etc… Qui surveille les devoirs des enfants ? Benjamine se souvient que c’est le papa, à qui elle réclame des dictées, tellement elle adore ça !
17:00 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie de famille, grandir, journal intime, vivre à l'étranger
17 octobre 2007
5 bis - premiers pas à Caracas
Donc Benjamine a six ans et demi, et vous vous souvenez qu’elle a fait une quatrième année de maternelle en France. Elle a le même problème en CP : elle sait déjà lire et écrire parfaitement, elle s’ennuie, elle embête les autres, et surtout, elle dérange la maîtresse. Après un mois, elle passe en CE1 et retrouve… son père ! Heureusement qu’entre les cours d’espagnol, de couture et de religion, elle a d’autres instits. Sinon, comment se plaindre à ses parents ?
Une des particularités de cette école, c’est que filles et garçons doivent suivre les cours de broderie et couture. On y apprend à faire de magnifiques napperons au point de tige, qu’on retrouvera trente cinq ans plus tard dans les armoires, bien pliés dans un plastique…
On peut aussi choisir le premier ou le deuxième service pour la cantine. Comme dans tous les pays tropicaux, les cours commencent tôt et finissent à 14h30. Ca laisse le temps d’aller au club pour les cours de natation et de tennis auxquels les ont inscrits les parents. Ils ont aussi imposé les cours de piano à domicile : la prof martyrise leurs doigts une demi-heure chacun par semaine. Et il faut travailler chaque jour pour progresser, bien sûr. Parents modèles que ceux-là : ils veulent le meilleur pour leurs enfants. On les cultivera donc, intellectuellement et physiquement, malgré eux s’il le faut, c’est pour leur bien… Ils ne se plaignent ni des cours de tennis ni de ceux de natation, du moins Benjamine. Pourtant, c’est une époque où on est encore très strict sur la tenue, tant vestimentaire que morale. Blanc strict pour les vêtements : elle se souvient de la fois où le prof lui a interdit l’accès du cours à cause d’une rayure bleu pâle sur son polo blanc ! Et obligation de dire bonjour, merci et au revoir, de serrer la main de Pepe, le ramasseur de balle…à l’entrée et à la sortie du cours. C’est un club de gens respectables, fréquenté essentiellement par des étrangers : les vénézuéliens sont employés, pas membres…
18:50 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
5 - L'AGE DE RAISON
Benjamine viens d’avoir six ans et demi, c’est une belle plante : cheveux châtains clairs courts, des yeux bleu-gris-vert selon le temps, elle jalouse un peu son frère qui est blond comme les blés, avec de beaux cheveux raides, et cette mèche qui lui barre le front et lui donne un genre…
Par contre, elle, elle est grande et solide : pas comme lui qui est petit et fluet. Elle pourrait être le garçon et lui la fille. L’aînée est bâtie comme la plus jeune, elles se ressemblent dit-on. Elle est pourtant de taille moyenne, et a le teint mat comme son père. Les deux autres ont des peaux de blonds, comme la mère.
Benjamine s’est fait une copine, Sylvie M. une gamine de sa classe. Elle habite à quelques centaines de mètres de leur maison, c’est pratique pour se voir après l’école. Sylvie a plusieurs frères et sœurs, la maman vient d’avoir un bébé. Elle est toute petite, et ça c’est une constante qui s’avèrera au fil du temps : Benjamine se fera très souvent des copines très petites, alors qu’elle-même atteindra un bon mètre soixante dix-huit à 17 ans… Allez savoir pourquoi les contraires s’attirent ?
Pour apprendre l’espagnol, la maman envoie à tour de rôle les enfants à l’épicerie avec une phrase qu’elle leur a apprise : « Buenos dias, senor, quisiera un kilo de manzanas, por favor ». A cet âge-là, ça rentre vite, et puis à l’école, ils ont aussi des cours d’espagnol. Drôle d’école, tenue par des curés, et quels curés ! Le père Piffar, (si si), le Père Auré, une sacrée clique… Il faut dire à leur décharge qu’ils n’ont pas tous choisi d’être curés, mais ont, pour certains, subi le choix familial en fonction de leur ordre dans la fratrie. Dans les campagnes en France vers 1930, on envoyait le troisième au séminaire, le premier gardait les terres qu’il cultivait… et le deuxième s’engageait dans l’armée !
Imaginez un grand terrain rectangulaire, perpendiculaire à la rue, dans un quartier de petites villas. Vous prenez l’allée bordée d’arbres où se garent les profs, jusqu’à un rond point qui donne à droite sur la chapelle, en face sur les bâtiments administratifs. A l’extrémité gauche du bâtiment, un passage permet d’accéder à la première cour, après être passé sous un premier édifice de trois étages, dont le rez-de-chaussée ouvert sert de cour de récré quand il pleut. On y trouve des distributeurs de boissons gazeuses sucrées. De l’autre côté de la cour, le deuxième édifice, réservé à l’école française. Dans le premier ont lieu les cours en espagnol : deux écoles en une, qui dit mieux ? Derrière, la deuxième cour, réservée aux petits du primaire, et tout au fond, la maternelle, avec en dessous la cantine en plein air.
L’aînée va avoir 12 ans, elle va en cinquième, dans la même classe que la sœur d’un futur premier ministre français, dont la famille rachètera des années plus tard les bâtiments et le terrain de l’école. Les parents sont instits, elle va enfin ne plus les avoir sur le dos ! Les deux plus jeunes vont encore les subir quelques années. Ca n’est vraiment pas drôle d’avoir ses parents à l’école : ils sont plus sévères avec vous qu’avec les autres pour donner l’exemple ! Et en plus, il faut les appeler maître ou maîtresse…
18:40 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, vie de famille, quotidien
15 octobre 2007
- 4 bis
Le matin du dimanche de Pâques, les enfants sortent de leur chambre, au fond du couloir, et écrasent sans le vouloir les œufs en chocolat qui recouvrent le sol. Il leur faudra au moins trois ou quatre pas avant de réaliser l’ampleur des dégâts. Heureusement que les gros œufs sont cachés dans le jardin. Ils les trouveront plus tard, après le petit déjeuner, quand la traditionnelle quête familiale aura lieu, sous les encouragements des adultes, qui prennent les photos et les poussent de la voix.
Le père est rentré de Djibouti, femme et enfants vont le chercher à l’aéroport : elle ne comprend pas ce que lui veut cet homme qui vient vers elle en souriant. Un bel homme, mais elle cherche son mari des yeux, sans le trouver. Il arrive sur elle, la prend tendrement dans ses bras. Et là, elle réalise que c’est lui : il s’est rasé la moustache et le bouc, elle ne l’a pas reconnu ! Elle récupère un étranger qui lui plaît quand même moins que le mari laissé un an plus tôt en Afrique. Il lui faudra quelques jours avant de s’y faire.
L’été passe vite, ils ont dû monter à Paris pour négocier un poste. Le père s’est fait virer assez rudement de Djibouti par les indépendantistes, et en compensation, il voudrait continuer sa carrière à l’étranger. Il sera chargé de cours à l'institut franco-vénézuélien de Caracas, au Vénézuéla, et elle instit au collège français.
La famille embarque sur le ‘Federico C’ pour une croisière de quinze jours, via les Antilles et Miami en Floride, le temps d’une escale de quelques heures pour admirer les dauphins à l’aqualand. Les enfants se régalent sur le paquebot : piscine, cinéma, fête costumée, ils ne voient pas souvent les parents, qui bridgent, dansent l’après-midi et le soir, bref, cultivent les relations sociales.
Arrivée au port à une vingtaine de kilomètre en contrebas de Caracas, puis installation à l’hôtel dans un quartier populaire de la capitale. Très vite, la famille s’installe dans une villa de plain pied près du collège où les enfants iront à l’école et la mère sera instit. Le matin de la rentrée, le père les accompagne : il manque un instit, il propose de le remplacer puisqu’il ne commence que dans une semaine à l'institut franco-vénézuélien. Il y sera encore six ans plus tard, quand leur contrat sera terminé. Il a jonglé entre le collège et les cours pour adultes à l’autre bout de la ville, Paris n’y a vu que du feu.
15:00 Publié dans UNE FAMILLE ORDINAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
